dimanche 1 mars 2015

toujours en peu entre pluie et soleil




f. se lève ce matin, ouvre les volets et dit d’un air enjoué : « ah, comme il fait beau, c’est très agréable ce soleil. » En fait, il pleut et il fait tout gris. Sa bonne humeur fut donc mon rayon de soleil bienvenu, car je suis en deuil : Monsieur Spock est mort. Je m’en remets difficilement. Il fut un temps, dans une autre vie, où j’étais très amoureuse de Monsieur Spock : les oreilles, l’humour, le sourire (rare), le signe vulcain, la combinaison bleue, la coupe de cheveux, tout. C’était une époque où j’étais volage et je fus donc aussi amoureuse de Hann Solo, beaucoup plus expansif. Je voulais l’épouser. La blague familiale dit que je me suis finalement mariée avec Chewbacca. Je suis très contente de ce choix final, je dois le dire. Un ami mal attentionné (je ne te remercie pas, Eric) a spoilé sans prévenir et maintenant, je sais que Hann Solo meurt dans Star Wars VII. Je trouve que l’époque est rude et je me sens vieille.
Heureusement, des petites Merveilles arrivent au cinéma et savent me rendre gaie et triste tout à la fois, état que j’aime particulièrement, car curieusement, je ne sais pas être seulement, simplement gaie. Des corps de sauvageons, libres dans la chaleur italienne. Où l’on apprend que la liberté, c’est comme la beauté, c’est dur et violent.
Sinon, dans la vie triste, il y a eu aussi Copenhague et le musée de Mossoul, entre autres.
Je vous le disais, il est difficile d’être seulement gaie.
Alors j’apprécie particulièrement lorsque Chewie sait voir le soleil à travers les gouttes.

dimanche 25 janvier 2015

je me souviens d'autres dimanches soirs



f. trouve les bobos complexes : ils portent des gants sans doigts, mais des chaussettes avec ! Avec mes gants sans doigts, mais de si belle couleur, je lis debout dans le train qui me mène à la ville, au travail, à la longue journée qui aujourd’hui est pluvieuse.
C’est le temps des soupes, des légumes racines, des topinambours, que je ne peux plus manger sans penser à mon père.
Je me souviens que lorsqu’il habitait là-bas, seul et moi ici avec f. nous nous téléphonions au moins une fois par semaine et toujours le dimanche en début de soirée. Nous nous racontions la semaine, ce qu’on allait manger le soir … Ce soir-là, je lui dis que j’ai acheté des topinambours, et la conversation roule sur d’autres choses. Puis, très sérieusement, il me dit que si nous avons des soucis d’argent, il faut que je le lui dise, qu’il peut nous aider. Je le remercie de cette prévenance, le rassure en lui disant que tout va bien, qu’il ne faut pas qu’il s’inquiète, qu’il n’y a aucune raison. Mais si, me dit-il, si vous en êtes réduits à manger des topinambours ! Mon père avait neuf ans quand la guerre a éclaté. S’il a pu dire que c’était une période assez gaie, pour un petit garçon de neuf ans, d’être réfugié à la campagne, sans trop d’école, et avec les copains à courir les champs et faire des bêtises, ça a aussi voulu dire pour la famille quitter sa maison à cause des bombardements, vivre quelques kilomètres plus loin, à la campagne, essayer de trouver à se loger, du travail, de quoi manger et tous les jours, manger des topinambours qui vous torturaient les intestins.
Il n’a donc jamais été possible pour moi de lui faire comprendre que les topinambours, aujourd’hui, valaient plus chères que les pommes de terre et que j’en mangeais, car j’aimais ça, que je savais les cuisiner sans qu’il y ait d’effets secondaires néfastes. Non, non, rien ni personne ne me forçait. Il avait toujours pensé que sa fille pouvait être un peu bizarre. Là, il tenait une preuve supplémentaire et flagrante de ce fait. Il riait de mon mauvais goût alimentaire. Je riais de son amour immodéré des seules pommes de terre. Il me demandait de lui promettre de ne jamais lui faire manger de ce maudis légume. Je promis.
Je me souviens aussi qu’il nous avait fait, à ma mère et à moi, le gâteau que sa mère lui faisait pendant la guerre et qu’il adorait. Décontenancées, nous nous étions retrouvées devant une chose grisâtre entre pain et cake. Je crois que c’était fait uniquement avec de la farine de sarrasin, de l’eau, du lait et des œufs ; évidemment, il n’y avait pas de sucre. C’était pour le moins austère, mais il n’y avait pas d’autre alternative que de dire que c’était bon. Emettre l’idée de le manger avec de la confiture était une sorte de trahison. On avait quand même fini dans un fou rire, car au deuxième service, l’une de nous deux (laquelle, je ne sais plus) avait dit que quand même, c’était dégueulasse.
Un peu comme f. qui mangeait pour la première fois, chez une amie, de la glace à la violette et cela lui était venu comme un cri du cœur.
C’est en relisant le sel de la vie, que ces choses me reviennent, car j’y retrouve la Bretagne, la nourriture, les souvenirs et les fous rires : « …mettre un parfum qui s’oublie, savoir se faire oublier, amuser la galerie, soulever un enfant en protestant de son poids mais éviter de l’ennuyer par des questions idiotes, se demander où l’on était avant de naître plutôt que ce que l’on deviendra après la mort, froisser du papier journal, découper des images et faire des collages, décollent en avion ou atterrir, regarder avec convoitise les plats servis à ses voisins, observer la démarche des passants et faire de la psychologie sauvage, attendre à la terrasse d’un café, se dire qu’il faudrait faire de la gymnastique, penser parfois à respirer profondément, mettre à plat un trombone, monter à la main une mayonnaise ou des œufs en neige, boire quand on a très soif, n’avoir jamais honte d’être soi… »

vendredi 16 janvier 2015

aujourd'hui, j'ai de la peine



Je regarde les photos de l’année dernière, f. dans son costume de lin gris, m. et ses chaussures dorées qui brillent, les boutons de la chemise de b. sont tremblés et ressemblent à des fermetures chinoises. C’était le soir de l’opéra en Italie, nous étions comblés d’émotion (nous nous étions avoués f. et moi, plus tard, que nous avions un peu pleuré), il faisait doux, nous avions dîné dehors.
Il y a peu, j’écrivais : « maintenant, nous attendons sereinement l’année nouvelle. »
Puis, le ciel nous est tombé sur la tête. Nous avons été emportés par une violence qui nous atteint au plus profond. Que faire de ce monde violent et désenchanté qui nous est proposé ? Celui qui déteste l’autre pour ce qu’il est, pour ce qu’il pense. Et qui, au delà de la détestation, veut son éradication.
Je regarde des images sur le net, je vois des femmes en cage, dans de longs vêtements blancs, vendues comme esclaves pour trente euros, sur une place de marché, je lis les mille coups de fouet pour punition d’avoir écrit, je lis l’horreur d’une fillette qu’on envoie sur un marché, les vêtements remplis d’explosifs, je lis des villages entiers détruits, les habitants morts assassinés.
Je marche avec les autres, tous les autres et je m’enferme dans ma cabane. Je clos la porte, ferme les rideaux. Je tente de retrouver le sens de l’orientation.
Ce soir là, nous avons bu, pour avoir la sensation du chaud, de la brûlure intérieure qui dit qu’on est vivant.
Aujourd’hui, j’irai acheter des fruits, des légumes, du vin ; ce soir, je ferai une soupe. C’est dérisoire d’écrire tout cela, mais je me dis que c’est ce que voudraient faire ces femmes encagées, ce blogueur flagellé, ce qu’aurait aimé faire un jour cette fillette assassinée. Etre debout et faire simplement ce qu’on a à faire, le faire pour tous ceux qui sont empêchés.
Alors continuer à prendre des photos du chat, de l’amoureux, continuer à lire, à faire le thé, continuer à être vivant pour ceux qui le sont à peine.

mercredi 31 décembre 2014

pour un dernier jour



Il y a eu la petite maladie d’octobre, elle fut suivie d’une grande lassitude. Il y a eu quelques heures de lecture et d’errance avec patrick modiano (et le doux plaisir de cette heure-là, doux et un peu douloureux tellement on voudrait l’aider). Il y a eu, à l’automne, des smoothies à la poire et à la figue, les soupes de potimarron de f. parfois au gingembre, parfois à la poire ou à la pomme, le chou fleur s’est cuisiné en gratin un poil plus raffiné qu’à la béchamel. Il y a eu peu de films et des romans dont la lecture s’est arrêtée en cours, plus envie de vide que de mots, peut-être.
Il y a eu la Bretagne, la vraie, avec les huîtres, les crêpes, la mer verte, dans sa belle couleur d’hiver, le vent et les amis,  qu’on se dit toujours qu’on voit trop peu, ce qui nous rend un peu triste au moment du départ.
Il y a eu du vent et de la lumière très claire, un doux été jusqu’au milieu de l’automne, mais aussi des petites bruines qui rendent la terre boueuse, celle qui s’accroche à la semelle des chaussures. Et il ne faut pas mettre de boue sur le sol tout neuf de la cabane. Alors, il y a eu une journée de déménagement de beaucoup de livres du haut (de la maison) vers le bas (du jardin), pendant laquelle je ne crois pas avoir jamais autant enlevé et remis mes chaussures (en ne cessant d’admirer la patience d’ange des japonais). Il y a toujours une toux qui ne veut pas s’en aller, des heures de travail sans que le téléphone ne sonne, de la place dans le parking le matin, le plaisir, après le dîner de s’enfoncer dans le canapé, bataillant un bout de plaid avec émile, pour regarder Olive Kitteridge ou Alison Lockhart, en grignotant quelques chocolats, car c’est de saison. La tisane s’appelle au clair de lune même si le temps, souvent, n’est pas du tout assez clair pour qu’on puisse l’admirer. Noël nous a apporté des heures de musique et de visionnage de films, des choses très pointues et d’autres plus légères, de quoi être gai et triste, selon les envies du moment. Maintenant, nous attendons sereinement l’année nouvelle, comme il est dit ici : « A présent je suis très calme. Il m’est possible de voir un peu plus loin. Je vois que ce n’est pas la fin. Tout continue. Depuis ce matin, j’ai la certitude que Bella attend un veau».

mercredi 8 octobre 2014

de septembre à octobre



f. dit qu’il est trop tôt pour acheter les premières courges. Ca signifie un peu trop l’entrée dans l’automne, puis l’hiver. Non, pas encore, attendre un peu pour les soupes chaudes et réconfortantes. Bien sûr, il fait maintenant un peu frais le matin au réveil, on ne petit déjeune plus sur la terrasse, mais les soupes, non, pas encore. Et certains soirs, on dîne encore dehors à la lueur de la bougie, avec des vêtements à manches. L’été est venu tard, on va prendre son temps pour entrer dans l’automne, faire des soupes et mettre des chaussettes.

Le mercredi 24 septembre, Carlotta Ikeda monte au ciel.

Les dimanches de lenteur, rester en pyjama lire sur le canapé en finissant le thé un peu froid du matin, regarder deux épisodes d’une série qu’on trouve pas bien du tout, mais dans laquelle on peut apercevoir un acteur adoré (la culpabilité du temps passé à cela joue beaucoup dans le plaisir dominical), en fin d’après-midi, pendant que la lessive tourne, ouvrir des livres sérieux pour amorcer le travail du lendemain, puis étendre le linge, avoir eu la flegme d’aller au cinéma, car le dimanche, le cinéma, c’est à la première séance du matin ou bien ce n’est pas, rester front contre front avec le chat aussi longtemps qu’il le désire et lui disputer la place avec le plaid pour se glisser dessous, car il commence à faire un peu frais, mais quand même garder la fenêtre ouverte, encore un peu.

Le 7 octobre, il y a un an, Patrice Chéreau montait au ciel. Il me plait de penser qu’aujourd’hui, couvert de cendres, il danse avec Carlotta.

Le mardi matin, la journée commence par une heure de méditation. Ensuite, pour revenir dans le yang de la vie et s’il fait beau, je viens à pied au travail (une demie heure), je traverse le tout petit marché bio en achetant deux kiwis pour 84 centimes d’euros et une brioche (mais ce matin, j’avais ramené une part de pudding maison à la fleur d’oranger) et je prends mon petit déjeuner au bureau, dans le calme. Il est 8h30 et la journée va commencée. Mais parfois, j’ai l’impression que la vraie vie est celle-ci et pas celle qui arrive après, avec les mails, les coups de fil, les réunions, les rendez-vous … celle où on n’a pas vraiment le temps d’être à soi-même.

Finalement, allez au cinéma ; hélas, s’ennuyer un peu devant les bien belles images de la mer, des vagues, du vent dans les feuilles de banian.

mardi 16 septembre 2014

L’amour et la cuisine, de 5 à 7, et même plus tard



Le Dalaï Lama dit qu’il faut aborder l’amour et la cuisine avec le même abandon insouciant ! J’ai donc fait une daurade au four avec fenouil et pommes de terre, j’ai tout mis en même temps, le poisson a cuit en vingt minutes, les légumes en une heure. Parfois mon insouciance (et mon four) m’énerve ! Pendant l’attente (on a donc dîner très tard, sur notre terrasse et f. a dit que c’était très agréable de dîner tard quand il fait doux, je l’adore), j’ai eu le temps de mesurer combien parfois faire à manger me coûte.  Et je me souviens de ma mère, à certains moments, épuisée de devoir faire à manger tous les jours, midi et soir (pauvre femme), énervée par l’obligation des horaires, sans plus d’idées, sans plus d’envie (alors que de l’avis de tous, elle était excellente cuisinière) et de mon père, voulant l’aider, qui lui disait gentiment « mais c’est pourtant pas compliqué, j’aime tout ». Quand on sait, en plus, que f. n’aime pas tellement le poisson, je me dis que parfois la cuisine me donne la possibilité, effectivement, de vérifier dans quel abandon insouciant (confiant ?) je vis mon amour. Il y avait des restes pour le lendemain !
Je me rends compte que je confonds Cléo de 5 à 7 et L’amour l’après-midi (dont l’héroïne s’appelle Chloé et de 5 à 7 … et bien non en fait, elle ne le fait pas, ou plutôt lui ne veut plus, empêtré dans son pull au moment de le retirer, ce pull étroit et court qui arrive à la ceinture du pantalon, façon année 70, que l’on devine rêche ; ce geste l’arrête, il  redescent son pull et s’en va en catimini  … c’est très beau).
Où j’apprends que Le Corbusier pensait qu’au XXIe siècle, nous ne travaillerions que quatre heures par semaine, car entre technologie et sur-population, cela aurait été suffisant !!! Ah là là, ces utopistes, toujours à nous faire croire des trucs qui n’arrivent jamais.

dimanche 7 septembre 2014

un lundi 1er



Semaine 36

Un lundi premier, c’est bien pour commencer à reprendre les bonnes habitudes.
Elles seraient de l’ordre de trouver un arrangement avec le temps qui passe trop vite et cette impression de courir après (quoi ?) sans jamais le rattraper. Il s’agirait donc d’arriver à être dans l’instant et non dans celui d’avant, d’après. Un exemple très septembre : être dans le livre qu’on lit sans déjà penser au suivant.
Hors rentrée littéraire, je lis : « la nostalgie doit céder sa place à un autre sentiment qui donne au présent sa plénitude, et ne l’entraîne pas vers le regret. » ou « ce pli bienveillant vers le présent. » Voilà, je voudrais que maintenant, ce soit comme ça, être dans ce pli.
Comme dans un silence de John Cage.  Etre dans le silence du monde, c’est être exactement au monde.

Mercredi : ne rien avoir à écrire, mais écrire cela, comme parfois on recopie une page qu’on aime bien, pour lancer la machine.
Vers seize heures dans le petit bureau qui n’en est pas un mais plutôt une petite cuisine dans laquelle il serait bien compliqué de faire à manger, j’entends l’orage.

Bon, sinon, jeudi, j’ai acheté un pantalon bleu pétrole. Et j’ai appris un mot nouveau : yolo (you only live once).

Et maintenant, je porte parfois des lunettes ! Je les ai choisies chez un créateur, ce qui m’a valu d’être complètement dévisagée par une jeune fille dans le métro ! Je ne sais pas trop quoi en penser. Du coup, nous échangions subrepticement des coups d’œil, aussi étonnée l’une que l’autre, je pense.

Une plante urticante m’a attaquée dans mon jardin. J’ai immédiatement demandé à f. de me rendre les appartements, la ville, la civilisation. Il dit que c’est trop tard et que plus jamais je ne m’y ferai, mais je sens bien que si.