jeudi 23 mai 2013

Le joli mois de mai

J’entends la voix de James Stewart à la radio, dans le magasin du coin de la rue. Ca parle amour et mariage. Dans ce registre, il y a eu du parfum, un film chinois qui promet des lectures à venir, une odeur de figuier, les petites crevettes grises au kari Gosse (ce kari, c’est l’histoire d’un pharmacien alréen, il y a bien des années … Ce qui me ravit, c’est d’acheter une poudre magique et alimentaire dans une pharmacie bretonne) sur un lit de crème de panais, une purée de céleris – châtaigne parfumée à l’huile sésame,  des fromages à tomber de chez Betty, du champagne et du vin (un divin Pic saint loup), les mignons petits gâteaux (dont un surmonter d’un petit carré de chocolat rose et blanc que j’aurais bien porté en bijou) que nous avons grignotés assis dans le salon  tout en parlant de l’avenir, de la jeunesse et de ce qu’on attend de l’art. Et j’ai eu le droit de voir les nuits de la pleine lune, parce que c’est mon préféré de tous (enfin, en certaines circonstances, dont celle d’hier soir, quelque chose qui a avoir avec le temps qui passe).
Dans la tourmente climatique de ce printemps, je porte une écharpe d’hiver et vais pieds nus dans mes basket au fil brillant et au ruban en guise de lacet. Ainsi, j’ai froid aux pieds et chaud à la tête, ce qui traduit bien l’état du moment, un peu entre deux, envie et attente … L’attente immobilise, le froid aussi, il va être temps de bouger, de sortir, de respirer dehors, bientôt, bientôt …
Je retourne à ma lecture : "Elle hoche la tête : peut-être a-t-elle faim. Oui, c'est peut-être ça. Elle ne sait pas bien. Elle dit : ..."
Vous voyez ? 

dimanche 19 mai 2013

une phrase étonnamment de saison


Miss Silver avait apprécié le thé. La pièce était chaude et confortable. La brume et l'humidité régnaient dehors alors qu'il faisait tellement bon dans le salon de Mrs Underwood, avec la lumière allumée et le feu qui flambait gaiement.

Patricia Wentworth, Miss Silver intervient.

mercredi 24 avril 2013

j'entends et je vois des choses qui me font sourire


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Dans la liste des choses faites, il y a les grandes et petites chaises de Barthélémy Toguo en Arles, rire encore aux répliques du « Prénom » et me réjouir d’accueillir sur mon lieu de travail une classe très sympathique où deux jeunes filles s’appellent Eudoxie et Azadée. Ecouter, dans le métro, deux autres jeunes gens, à peine plus âgés, essayer de se souvenir de comment s’appelait Pôle Emploi, avant et de convenir d’un commun accord que c’était Assedic !
Tout de suite après, trois jeunes étudiants en journalisme me soutiennent que Aï Wei Wei a eu le prix Nobel de littérature !!! Je fais remarquer qu’il aurait pu, s’il avait écrit un livre ; ils m’informent alors qu’il a un blog très suivi. Je suis ravie de savoir qu’ils n’ont pas encore fini leurs études et que probablement, dans moins d’une génération, le prix Nobel de littérature sera bloggeur. Hélas, le nom de Liu Xiabo ne leur dit rien du tout !
Je lis la luxueuse revue 180° et vois cette réjouissante réponse du concepteur, Eric Fénot (sur le blog) à la question : un plat ou un aliment qui vous répugne le plus, le milk shake de rognon.
Sans aller au cinéma, ces derniers temps, c’est du fond du canapé que je me régale des films de Claude Sautet, des scènes de repas, de café, d’amitiés, de marches digestives, de maison de campagne, d’appartements parisiens, on boit de l’alcool et on fume des cigarettes, les femmes discutent ensemble dans des cuisines, c’est léger et dramatique, on chute et on se relève. On vit.

Dans ma liste de choses à venir, bientôt, il y a quelques mariages d’amis, d’amies et j’en suis heureuse. Pour certains, nous irons avec leurs enfants.

vendredi 5 avril 2013

de la vie des animaux




J’entends cette phrase à la radio : « quand j’étais petite, j’avais un poisson rouge ». Moi aussi, je me souviens que j’avais un poisson rouge. J’en ai eu plusieurs, d’ailleurs, car la vie du poisson rouge peut être courte. J’ai eu aussi un hamster. Le poisson rouge peut avoir une vie courte et néanmoins remplie d’aventures, le hamster aussi, probablement. Donc, chez, nous, quand j’étais enfant, j’avais la charge de changer l’eau du bocal, car j’avais beaucoup insisté pour avoir cet animal à la maison, j’en suis donc responsable (c’est seulement ici que j’avoue avoir déjà douze ans). Et par deux fois, j’ai vidé l’eau et le poisson dans le lavabo … en oubliant d’en boucher l’ouverture ! Alors là, il faut faire vite : en courant et en hurlant, je vais dans le salon où mon père lit tranquillement son journal. Il comprend tant bien que mal de quoi il s’agit, et comme il a toujours été mon héros, il sauve par deux fois l’animal en dévissant le tuyau du lavabo et en le récupérant dans le coude du tube, ne se privant pas de souffler un « encore » lors de la deuxième entreprise, pendant que ma mère se marre. Je vois bien qu’il ne comprend pas comment il a pu faire une fille aussi peu réfléchie. Je me souviens du très beau poisson noir, nageoire et queue comme des voiles. Nous l’avons trouvé un matin, flottant le ventre à l’air. Je n’y étais pour rien et le chat, qui trempait régulièrement le bout de ses oreilles dans le bocal, non plus. Pour le hamster, ma mère aimait à raconter qu’il était mort de faim, car j’oubliais de m’en occuper et elle ne voulait pas s’approcher de la cage. Je ne me souviens pas que cela soit vrai. Mais je me souviens très bien lui avoir ouvert la cage et qu’il a disparu derrière l’armoire. Le chat n’avait plus le droit d’entrer dans la chambre, il fallait tout le temps penser à fermer la porte, c’était très compliqué. Je me souviens que pendant quelques jours, il  y avait une poignée de graines de tournesol déposé au pied du meuble, comme une petite nature morte.

dimanche 24 mars 2013

de Séte à Lisbonne, mais pas seulement



Le restaurant des demoiselles dupuy est comble, la salade de poulpe à l’aïoli d’à côté est très correcte et le serveur charmant, nous laisse le pichet de vin blanc à disposition, ce qui ne manquera pas de nous rappeler, un autre midi,  cette morue à l’ail et à l’huile d’olive de Lisbonne (quel merveilleux souvenir !) accompagnée de son litre de vin blanc que nous avons éclusé sans complexe un jour ensoleillé de décembre et dont nous avons évacué les vapeurs en parcourant la ville à pied, ce qui est physiquement très éprouvant, surtout avec un coup dans le nez !
Lisbonne fut donc la ville des expériences évaporescentes (oui, le vin blanc fait inventer des mots !).
La boutique est minuscule ; une fois entrés, f. et moi y sommes à l’étroit ! Un comptoir en bois nous sépare de l’homme qui va me faire essayer des gants. Il faut que je pose mon coude sur un petit coussin posé sur le comptoir recouvert d'une plaque de verre, l’avant-bras levé, les doigts légèrement écartés. J’ai choisi cinq, six paires, l’opération se déroulera donc cinq, six fois. Je ne touche pas les gants, c’est homme qui les enfile à ma main, prenant le temps de faire glisser le tissu entre chaque doigt, c’est très lent et, comment dire, très troublant … Il vante les mérites de chaque choix en portugais, je ne comprends rien, entends juste un son qui va bien avec les gestes …
J’adore cette paire de gants de cuir marron et de tissu orange achetée ce jour-là. Je ne la mets pratiquement jamais, mais la regarde souvent d’un air ému.
F. achètera des chaussures dont l’essayage ne me laisse aucun souvenir ! et qu’il met peu aussi, alors qu’elles lui siéent à merveille. Mais f. et les chaussures c’est très compliqué (pour être honnête, la phrase exacte devrait être f., ses chaussures et moi, c’est compliqué), sauf quand il les achète avec b. à Amsterdam. C’est le côté snob de f., les chaussures s’achètent à l’étranger, on ne ramène jamais les boîtes. On avait essayé à Hanoï, mais au bout de la trentième boutique, il avait bien fallu s’avouer que nous ne trouverions jamais la taille. Il me reste un an et demi pour le convaincre de s’acheter des jika-tabi qu’il ne mettra jamais non plus.

vendredi 1 mars 2013

de février

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Le printemps s’invite au premier jour du mois pour disparaître ; le 24, il neige. J’attends des bottines bleu printemps, je perds ma voix et ne peux donc presque pas parler avec l’amie de passage ! On me vole mon sac à main et je perds ainsi le fil du livre que je lisais. Je rêve de ce sac, cercueil reposant au fond de l’eau ! les mitaines si fines avec un petit trou au pouce, la pochette à fleurs, les images à jamais perdues (inestimables) dans l’appareil photo (estimable), perdu aussi, les lunettes jaunes que f. avait choisi pour moi. Je vois un film sublime qui parle de l’histoire folle du siècle passé, histoire qui empêche d’être au monde encore aujourd’hui, peut-être. 
En février, il y a une alerte à la bombe sur la place centrale, je ne peux rentrer chez moi que tard le soir, le lendemain, un homme descendra de son quatre-quatre pour nous dire, à f. et moi, de fermer nos grandes gueules ! Un cycliste qui roule sur le trottoir m’insulte car il doit foncer sur les tables et chaises d’une terrasse pour m’éviter … Je trouve ce petit mois de février bien trop long et fatigant.
Mais heureusement c’est encore l’heure des soupes de potiron – châtaigne, des tisanes de thym, des recettes de curry de légumes. C’est aussi le temps des amies qui viennent partager quelques jours autour de dîners, de petits-déjeuners bavards.
Le garçon qui me vend mes nouvelles lunettes de soleil porte des bottines marron et une chemise à carreaux. Nous prenons notre temps et j’écoute ses conseils. Elles s’appellent Satori et c’est parfait. Ce même et dernier jour du mois, je vais chercher une partie de mes affaires volées aux objets trouvés et je retrouve la pochette à fleurs et le fil de ma lecture : «  Voilà comment ça se passe, en général, on broie sans fin tous nos souvenirs, les bons et les mauvais, les plus affreux comme les meilleurs, les moyens et les minables, forcément, tous, ceux des jours de fête et ceux des nuits de larmes – le satin des matins et la soie des soirs, ça diminue, ça s’estompe dans les petits lointains de la vie, puis ça finit par se dissoudre et disparaître complètement au fin fond des éternités, pfuitt, oubliées. Pok. »

lundi 11 février 2013

un petit peu malade

 
Je me souviens, j’ai six ans. J’ai la rougeole. Ma grand-mère me lit des histoires, assise au bord du lit, dans une chambre aux volets presque clos (il faut rester dans le noir quand on a la rougeole !). C’est agréable. Dans mon souvenir, je n’ai pas mal, je suis allongée dans la pénombre, ma mère et ma grand-mère s’occupent de moi. Je me souviens, j’ai sept ans, j’ai la varicelle. C’est l’horreur. Je vis dans un pays chaud et le simple drap sur ma peau ; je ne supporte aucun vêtement, est intolérable. Je me gratte, j’ai des traces pour toute la vie. C’est pénible de rester allongée, ma grand-mère n’est pas là, je ne me souviens pas qu’on me lit des histoires. J’ai quinze ans, j’ai très mal au ventre, mais ma mère avertie par d’autres mensonges de ce type, m’envoie à l’école tout de même. Je n’arrive même pas à porter mon cartable. De la fenêtre du premier étage où nous habitons, elle me hèle et crie « remonte, j’appelle le médecin, si tu n’as rien, gare à toi ». Le médecin fut toujours un peu une menace, chez nous. Il diagnostique une péritonite. Je suis envoyée d’urgence dans un hôpital où il n’y a plus de place. Je partage une chambre sous les combles avec une femme qui vient d’être opérée des amygdales. Sa chemise de nuit est rouge de sang. J’ai peur, je veux rentrer à la maison. La dernière phrase que j’entends en entrant au bloc opératoire « humm, de la chair fraîche ! ». je mettrai trois semaines à m’en remettre. J’ai vingt ans, j’ai les oreillons. C’est parfaitement ridicule. J’ai l’air d’un hamster : mon cou est gonflé des épaules au menton, les amis essayent de ne pas rire en entrant dans la chambre ! C’est très douloureux quand je mange, je bois, je déglutis, je ris, je parle, je tourne la tête, j’éternue, sinon ça va. J’ai vingt-cinq ans, en novembre, je suis bloquée au lit par une sciatique. Ma mère et ma cousine viennent me voir. Elles sont toutes les deux de grandes et belles fumeuses, du genre à allumer la suivante avec le mégot de la précédente ! Elles fument dans la chambre, mais comme ça m’incommode et qu’elles sont gentilles, elles ouvrent la fenêtre ! J’ai froid. Elles reviendront plusieurs fois pendant les dix jours où mon dos ne veut pas se débloquer. Je me souviens que j’ai arrêté d’être malade, pour l’instant.