lundi 10 décembre 2012

de la douce musique du cinéma

 
Je me souviens de la semaine passée. Et donc je sais qu’aux concerts de musique contemporaine, les hommes d’un certain âge et les très jeunes filles portent des pulls tricotés main, mais qu’ils ne sont pas de la même couleur. Je me souviens que cette semaine dernière, j’ai particulièrement été attentive aux jeunes filles, car lundi, j’ai vu Camille redouble et ensuite j’y ai pensé chaque jour de la semaine. Ce film m’a accompagnée en légèreté et en profondeur, en sourire et en tourment, toute la semaine, et peut-être n’est-ce pas fini. J’ai donc beaucoup réfléchi à ce qu’est l’acceptation, de soi, de sa vie, comme seul possible sinon de bonheur, au moins d’apaisement. Je me souviens donc que je n’ai jamais assez dit à ma mère que je l’aimais.
Je me souviens avoir entendu dans le métro une jeune fille de quinze ans environ dire à une amie du même âge, avec un sourire et une voix tristes : dans la vie, il n’y a que les garçons qui m’intéressent, tout le reste me fait chier.
Je me souviens qu’à ce concert de musique contemporaine, j’étais assise juste derrière une jeune femme blonde, jolie, au rouge à lèvres très rouge, et beaucoup trop grande ! Je me souviens avoir fait du thé oolong dans la petite théière chinoise, en terre cuite que l’on renverse complètement en appui sur le bol, la laissant se vider totalement. Je me souviens avoir acheté deux billets d’avion, un prévu de longue date pour aller écouter de la musique à Amsterdam, au mois de janvier. Un autre pour un court voyage à Paris qui n’était pas du tout prévu. Je me souviens avoir revu Interiors et donc me poser beaucoup de questions sur ma manie de replacer chaque objet dans ce que je pense être sa place exacte, pour être en harmonie et rangé, geste que f. ponctue à chaque fois d’un « elle est folle » avant de me prédire une vieillesse de mégère maniaque … je me dis aussi avoir échappé à la cruauté de la fratrie (comment dit-on lorsqu’il s’agit de trois sœurs ?), car cette femme avisée à qui je n’ai pas assez dit que je l’aimais, n’a fait que moi.
Je me souviens que juste après mon saut du puce parisien, j’irai en Bretagne.

mercredi 21 novembre 2012

petit moment de solitude

 
Je me souviens du vieil Artant qui me laissa perplexe et esseulée quelques jours, j’avais vingt ans. Je suis à l’université et je suis des cours d’iconologie, j’adore ça, j’apprends, j’apprends, ça s’ouvre devant moi, en moi ; toutes ces choses que je ne savais pas exister et qui me passionnent, qui trouvent écho. Un jour, en cours, il est question de ce vieil Artant dont je n’ai jamais entendu parler. Le malaise vient qu’il me semble être la seule à ne pas voir de qui on parle et, orgueil, je ne sais pas dire que je ne sais pas. Cette absence me révèle toute mon illégitimité à être là, sur ces bancs, en histoire de l’art, alors que je découvre les musées en même temps que ces études ! (Ici, tout cela est dit magnifiquement.)
Mon père avait pour moi d’autres ambitions professionnelles que f. se plait à me rappeler lorsque je me lime les ongles dans des lieux incongrus, pour faire passer le temps, façon secrétaire.
Le vieillard Temps ayant fait son travail, je me souviens qu’aujourd’hui, je peux sourire de cette histoire, d’autant plus que j’ai, récemment, rencontré quelqu’un qui, enfant, ne voyait pas ce que pouvait être du beurre de missel !

dimanche 18 novembre 2012

un thé en automne


Je me souviens que le maître de thé écarte les feuilles avec le couvercle du zong, se penche pour sentir et dit : la forêt en automne, les feuilles de chêne décomposées, bois de cèdre, bois de chêne, bois d’acajou, la maison de ma grand-mère, l’odeur de la poussière, de la pluie, les champignons, les morilles séchées, la terre, l’humus bien séché, une pomme de terre cuite à l’eau, avec la peau …

mardi 23 octobre 2012

fin d'été, début d'automne


Je me souviens, en reprisant mon gilet, de la douceur de la fin de l’été à Berlin. J’avais retiré ma veste et allais par les rues et les parcs, marchant d’un bon pas, en gilet de maille noir, et sans chaussettes, un vingt septembre. En rentrant le soir, fourbue, prête à une dînette d’une salade de légumes, humus et saumon avec f., j’avais réalisé que toute l’après-midi, j’avais frotté ma manche à la fermeture éclair de mon sac et maintenant, il y avait un trou dans ce gilet adoré. Prête à l’automne toulousain qui s’avance et aujourd’hui, fait un pas en arrière, je reprise. Penchée sur l’ouvrage, me prenant pour fanny Brawne et rêvant au nouveau manteau arrivé hier dans la penderie, je me souviens de Berlin. Deux jours avant le vingt, nous sommes emportés dans une redécouverte de l’art contemporain à la Boros collection par un jeune homme fort élégant, mince, en pull jacquard mailles fines, bleu et blanc et jodhpur quatre boutons, le dernier ouvert sur des chaussures noires de cuir souple, le chic étant qu’elles ne sont pas très bien cirées. La collection est magnifique, l’espace, un ancien bunker, évidemment atypique et sent le popcorn. Je me souviens aussi d’autres lieux berlinois. Le joli petit musée blanc et silencieux dédié à Emil Nolde où sa peinture aux orange et bleu toniques nous éclabousse(je ne me souviens plus du méchant plat de pâtes que nous avons mangé juste avant), les petites maisons de riz de Wolfgang Laib posées au sol d’une ancienne gare et du sandwich au pastrami d’après. Je me souviens que dans ce lieu très branché de l’art contemporain, il était de bon ton de porter des vêtements de couleurs aux tons descendus avec des trous dedans (les collants, les pulls) (mais bon, je reprise quand même parce que moi, j’assume pas trop !). Je me souviens avoir visité un musée pendant cinq heures et n’en n’avoir plus rien à faire devant les Botticelli (une honte que je peine à écrire ici) et avoir dévoré un apfelstrudel en sortant. Je me souviens que j’en mangerai trois en douze jours et aussi un dessert de crêpes et de prunes cuites, arrosé de snaps ! Je me souviens de l’architecture tout en verre de Mies van der Rohe, associée aux spätzele du restaurant Joseph Roth Diele. Je me souviens qu’il fait très doux, que nous marchons beaucoup, que nos pas nous portent plusieurs fois dans Mitte, nous flânons, découvrons une librairie française et son libraire accueillant et volubile, une jolie petite papeterie  tenue par une jeune et élégante japonaise, sérieuse et attentionnée et où f. un peu étonné me voit acheter un masking tape rose et japonais, of course. Je dévore un plat de raviolis sautés en pensant au vin blanc autrichien qui nous attend ce soir. Je me souviens que nous marchons le nez au sol pour lire des noms, des dates sur des pavés dorés qui disent discrètement, pour ne pas nous gâcher notre promenade, des disparitions, des déportations, je me souviens de la visite du musée juif au sol bancal, son jardin de l’exil, le malaise physique que ça engendre …
Je me souviens de l’appartement de Kreuzberg, de sa cuisine blanche et rouge, des heures de lecture matinale, dans le lit, adossée à la bibliothèque, de son mur où miroir et photos anciennes se mélangent. Je me souviens d’avoir aimé passer deux semaines dans cette ville, dans cet appartement. Je me souviens de plein d’autres choses.

lundi 8 octobre 2012

Øl, brØd, sild

 
Les vacances commencent, mais ce ne sont pas encore tout à fait les vacances, c’est un petit espace temps à l’aéroport RCD lors duquel nous croisons Michael Lonsdale ... tout d’écossais vêtu, chemise et pantalon, non coordonnés, le cheveux fatigué long dans la nuque, la silhouette courbée sur la valise à roulettes.
Là, moi, la destination de Copenhague, mon avion à prendre, la porte G 26 …, tout m’est totalement égal. Ce que je veux seulement, simplement, c’est suivre Michael Lonsdale et sa valise à roulettes …
Mais bon … quelques heures après, nous atterrissons à Kastrup.
Et donc, je me souviens de Copenhague, je me souviens qu’il faisait beau et parfois un peu frais, alors nous restions en terrasse enveloppés d’un plaid que l’on replie et laisse sur la chaise quand on s’en va. Je me souviens avoir manger des harengs marinés à la cannelle, à l’orange confite, aux oignons doux, au cherry, aux clous de girofle, de l’anguille fumée, un carrot cake en regardant la côte suédoise juste en face …
Je me souviens aimer les peintres danois qui excellent dans la peinture du silence, la cabane en bois jaune de Per Kirkeby qui curieusement m’amène dans les forêts de Sibérie, voyage virtuel du à la lecture du moment, la femme au visage dur, tête baissée, le fond bleu et froid d’Erik Hoppe, et Hammershoi, dont il ne faut rien dire, cela ferait vraiment trop de bruit.
Je me souviens de la petite sirène et de tous ces gens qui lui tournent le dos pour se faire prendre en photo avec elle, elle-même regarde vers la mer, ainsi, personne ne regarde personne, mais tout le monde est sur la photo, n’est-ce pas le plus important ?
Je me souviens du très bel appartement que nous avons loué, blanc et vide, dans Henrik Ibsens Vej, de l’épicier italien au coin de la rue d’en face et de ses pizzas chaudes façon new-yorkaises (on s’y perd).
Je crois que je pourrais vite m’habituer au principe des deux petites couettes dans le grand lit et de ne pas mettre de rideaux aux fenêtres, un peu moins vite, toute fois …Je crois qu’ici et seulement ici, je pourrai faire du vélo en ville.
Nous nous souvenons nous être beaucoup amusés dans Shadow 2 de Shilpa Gupta, f. et moi et les autres visiteurs, si bien que nous échangions des sourires entendus lorsque nous nous sommes retrouvés au café de l’Arken pour manger un hareng à la crème.
Je me souviens que nous avons regardé avec une envie grandissante, tous les jours dans la boutique en bas de chez nous, un fauteuil en bois blanc au design scandinave ; que le dernier jour, nous avons osé entrer et demander le prix  et la surprise n’était pas là où nous l’attendions : oui, le prix fait que le fauteuil reste dans la boutique où il est du plus bel effet ! et non, en fait le designer est portugais !!!
Je me souviens, le dernier jour, dans le musée que nous ne comptions pas visiter, mais bon, il ferme dans deux heures, on est juste en face … avoir pleuré devant une salle à manger orange et bleu de Bonnard (Bonnard me fait souvent cet effet là, il faut le savoir si un jour on visite Orsay ensemble !). Marthe (?) se penche en avant vers le tout petit museau du chien qui dépasse de la table …Elle lui parle. Toutes les toiles de Bonnard me ramène là.
Je me souviens aussi avoir acheté un stone rolling pin green dans son étui de coton blanc, de l’avoir trouvé dans une boutique un peu comme s’il m’avait donné rendez-vous et d’être très heureuse de savoir qu’il est aussi dans une maison amie, dans une autre ville.
Je me souviens de plein d’autres choses et je me souviens d’avoir aimé cette ville, ce trop court séjour, je me souviens d’avoir envie d’aller voir la mer.

jeudi 23 août 2012

De la rentrée littéraire


Je ne me souviens de rien pour l'instant, car je n'ai encore rien lu de la rentrée littéraire ! Mais irrésistiblement attirée par le titre " Autobiographie des objets " et par son auteur François Bon, je regarde cette courte vidéo et entends cette phrase qui me renverse "regarder les objets, convoquer les fantômes. Ils sont venus."
Dans ma valise des jours de vacances qui approchent, il y aura aussi ça, évidemment. Où, cette fois, il est dit " la vie comme un jeu de l'oie ". Être désarçonné, tomber, remonter.
Partir en vacances.


mardi 14 août 2012

les étés de l'enfance


 
Je me souviens des étés de mon enfance, c’était ratatouille et melon au porto. (Évidemment, je n’avais pas le droit au Porto. Quand j’ai pu y goûter, et bien, je n’aimais pas tellement ça.) On mangeait les restes de ratatouille le lendemain avec des œufs cuits dedans. Je faisais de longues siestes (toujours pas compris la sieste courte !) sous l’édredon à plumes de ma grand-mère (oui, en Bretagne, on fait des siestes sous des édredons !). On pique-niquait au bord de la mer le soir après avoir bu l’apéritif à l’Abri côtier. Parfois, il fallait mettre un petit gilet à manches, en coton, sur le maillot, pour ne pas avoir froid. On mangeait des tomates en croquant dedans, ça pouvait couler jusqu’au coude, et du pâté Hénaff qui n’était pas du tout à la mode (trouvé il y a quatre ans à New York à un prix tout à fait prohibitif dans une épicerie fine chiquissime !). J’avais le droit d’aller à la papeterie toute seule. Il n’y avait que la rue à traverser. J’achetais déjà des cahiers, des carnets (j’avais sept ans, huit ans … ) dans lesquels je collais des images, des décalcomanies … L’odeur me serrait un peu le ventre, car tout ce papier neuf, c’était aussi bientôt l’école, la rentrée, mais je ne pouvais quand même pas y résister et je passais l’été à remplir mes carnets une fois l’heure du cahier de vacances faite. Je me souviens aussi de l’odeur du tube de colle. J’essayais de le faire tenir en équilibre sur son bouchon cranté au bout arrondi, la tête un peu relevée pour ne pas que ça coule trop. Je préférais, bien sûr, l’odeur de la colle dans le petit pot avec la spatule, mais ça faisait des gros pâtés sous l’image, le résultat était moins beau. Je lisais les livres de la bibliothèque rose, surtout le club des cinq, les aventures de Claude, Annie, François, Michel et le chien Dagobert. Les escaliers de l’immeuble pour monter au premier étage où habitait ma grand-mère étaient cirés. C’était glissant et odorant. Je me souviens de la grosse boîte de cire, ronde, jaune, en fer avec un couvercle qui s’emboîte. Il fallait un couteau pour l’ouvrir ; avec les ongles, on n’y arrivait pas. Aller chercher le courrier en chaussettes était une expédition dangereuse. Le jeu était de descendre et monter le plus vite possible sans tomber, mais aussi glisser, se rattraper avec le coeur qui fait un bond dans la poitrine. Parfois, il y avait une lettre de mon père que ma mère lisait à haute voix.