lundi 11 février 2013

un petit peu malade

 
Je me souviens, j’ai six ans. J’ai la rougeole. Ma grand-mère me lit des histoires, assise au bord du lit, dans une chambre aux volets presque clos (il faut rester dans le noir quand on a la rougeole !). C’est agréable. Dans mon souvenir, je n’ai pas mal, je suis allongée dans la pénombre, ma mère et ma grand-mère s’occupent de moi. Je me souviens, j’ai sept ans, j’ai la varicelle. C’est l’horreur. Je vis dans un pays chaud et le simple drap sur ma peau ; je ne supporte aucun vêtement, est intolérable. Je me gratte, j’ai des traces pour toute la vie. C’est pénible de rester allongée, ma grand-mère n’est pas là, je ne me souviens pas qu’on me lit des histoires. J’ai quinze ans, j’ai très mal au ventre, mais ma mère avertie par d’autres mensonges de ce type, m’envoie à l’école tout de même. Je n’arrive même pas à porter mon cartable. De la fenêtre du premier étage où nous habitons, elle me hèle et crie « remonte, j’appelle le médecin, si tu n’as rien, gare à toi ». Le médecin fut toujours un peu une menace, chez nous. Il diagnostique une péritonite. Je suis envoyée d’urgence dans un hôpital où il n’y a plus de place. Je partage une chambre sous les combles avec une femme qui vient d’être opérée des amygdales. Sa chemise de nuit est rouge de sang. J’ai peur, je veux rentrer à la maison. La dernière phrase que j’entends en entrant au bloc opératoire « humm, de la chair fraîche ! ». je mettrai trois semaines à m’en remettre. J’ai vingt ans, j’ai les oreillons. C’est parfaitement ridicule. J’ai l’air d’un hamster : mon cou est gonflé des épaules au menton, les amis essayent de ne pas rire en entrant dans la chambre ! C’est très douloureux quand je mange, je bois, je déglutis, je ris, je parle, je tourne la tête, j’éternue, sinon ça va. J’ai vingt-cinq ans, en novembre, je suis bloquée au lit par une sciatique. Ma mère et ma cousine viennent me voir. Elles sont toutes les deux de grandes et belles fumeuses, du genre à allumer la suivante avec le mégot de la précédente ! Elles fument dans la chambre, mais comme ça m’incommode et qu’elles sont gentilles, elles ouvrent la fenêtre ! J’ai froid. Elles reviendront plusieurs fois pendant les dix jours où mon dos ne veut pas se débloquer. Je me souviens que j’ai arrêté d’être malade, pour l’instant.

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