vendredi 1 mars 2013

de février

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Le printemps s’invite au premier jour du mois pour disparaître ; le 24, il neige. J’attends des bottines bleu printemps, je perds ma voix et ne peux donc presque pas parler avec l’amie de passage ! On me vole mon sac à main et je perds ainsi le fil du livre que je lisais. Je rêve de ce sac, cercueil reposant au fond de l’eau ! les mitaines si fines avec un petit trou au pouce, la pochette à fleurs, les images à jamais perdues (inestimables) dans l’appareil photo (estimable), perdu aussi, les lunettes jaunes que f. avait choisi pour moi. Je vois un film sublime qui parle de l’histoire folle du siècle passé, histoire qui empêche d’être au monde encore aujourd’hui, peut-être. 
En février, il y a une alerte à la bombe sur la place centrale, je ne peux rentrer chez moi que tard le soir, le lendemain, un homme descendra de son quatre-quatre pour nous dire, à f. et moi, de fermer nos grandes gueules ! Un cycliste qui roule sur le trottoir m’insulte car il doit foncer sur les tables et chaises d’une terrasse pour m’éviter … Je trouve ce petit mois de février bien trop long et fatigant.
Mais heureusement c’est encore l’heure des soupes de potiron – châtaigne, des tisanes de thym, des recettes de curry de légumes. C’est aussi le temps des amies qui viennent partager quelques jours autour de dîners, de petits-déjeuners bavards.
Le garçon qui me vend mes nouvelles lunettes de soleil porte des bottines marron et une chemise à carreaux. Nous prenons notre temps et j’écoute ses conseils. Elles s’appellent Satori et c’est parfait. Ce même et dernier jour du mois, je vais chercher une partie de mes affaires volées aux objets trouvés et je retrouve la pochette à fleurs et le fil de ma lecture : «  Voilà comment ça se passe, en général, on broie sans fin tous nos souvenirs, les bons et les mauvais, les plus affreux comme les meilleurs, les moyens et les minables, forcément, tous, ceux des jours de fête et ceux des nuits de larmes – le satin des matins et la soie des soirs, ça diminue, ça s’estompe dans les petits lointains de la vie, puis ça finit par se dissoudre et disparaître complètement au fin fond des éternités, pfuitt, oubliées. Pok. »

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