dimanche 11 mai 2014

journal d'une lectrice (2) - Mon premier, c'est désir



Je suis en retard. Mais voilà … j’ai trouvé sur la page facebook de mon ami Eric cette citation qui m’allait bien. "C'est que j'étais incapable complètement d'aligner deux mots, empêché d'écrire, physiquement empêché, comme ça m'arrive quatre fois dans l'année... Il faut croire que le Docteur Acupuncteur ne m'avait pas assez piqué... Vous ne m'en voulez pas trop...? J'étais absent d'ici. On ne peut pas être en vie tous les jours..."  (extrait d'une lettre de Novarina à Dubuffet)

Il y a donc quelques dimanches, j’avais commencé d’écrire ça.

Il fait froid, il pleut et je n’ai pas vraiment envie d’écrire. Il faudrait vraiment que je range mon bureau. Il me prend de grandes envies de semaines entières, enfermée dans cette maison qui n’enferme pas, à lire et seulement lire (les livres en attente sont là). Mais pour que ce plaisir soit complet, il faudrait que le bureau soit rangé et ainsi, que l’esprit soit libre. Le devoir avant le plaisir. Comment se défait-on de son éducation ? Et, comme depuis un certain temps maintenant, je me dis : allez, dimanche prochain, c’est sûr, dimanche prochain …

Mon dimanche se déroule entre la Princesse de Clèves et Un cœur en hiver. Je suis alors proche d’un état dépressif.
Stéphane dit « le sentiment amoureux, écrit, c’est souvent très beau. »
Oui, c’est beau, mais c’est triste. A vivre, ça n’a pas l’air gai, non plus.
Finalement, je me rends compte que Colette, la Princesse de Clèves, d’autres encore, Gertrud, par exemple, chez Dreyer, choisissent la solitude comme haute idée de fidélité à l’amour.  La réalité ne peut que le corrompre, l’affadir, le faire disparaître. Alors Mme. De Clèves, Stéphane, par choix, par impossibilité, s’isolent du monde, des autres, de l’autre pour que rien de soit gâter. Seul, pour que l’amour perdure.
« Elle lui fit dire, par une personne de mérite qu’elle aimait et qu’elle avait alors auprès d’elle, qu’elle le priait de ne pas trouver étrange si elle ne s’exposait point au péril de la voir et de détruire, par sa présence, des sentiments qu’elle devait conserver ; qu’elle voulait bien qu’il sût, qu’ayant trouvé que son devoir et son repas s’opposaient au penchant qu’elle avait d’être à lui, les autres choses du monde lui avaient paru si indifférentes qu’elle y avait renoncé pour jamais ; qu’elle ne pensait plus qu’à celles de l’autre vie et qu’il ne lui restait aucun sentiments que le désir de le voir dans les mêmes dispositions où elle était. »

Depuis, ça va mieux. Le bureau est rangé !
Et puis j’ai aimé lire cette liste « Comme tout voyageur parti pour longtemps, il traîne du bagage : vêtement de rechange, plus ou plus léger au contraire, médecines, outils de son métier ‘le sien est d’être poète, et donc aussi peintre), sans compter ces objets dont on s’embarrasse parce qu’un ami nous les a donnés ou parce qu’ils servent peut-être à nous prouver notre identité. Son bagage à lui pèse tout entier sur ces maigres épaules. Il énumère un manteau contre le froid des nuits, mais dont le poids le fait suer au soleil, un kimono de coton pour le repos qui suit le bais bouillant, délice de sa race auquel un ascète même ne renonce pas, une de ces capes de paille pour la pluie qui font ressembler leur porteur à une meule de riz en marche, de l’encre, des pinceaux, et tout ce qu’il faut pour écrire, et finalement des cadeaux reçus à la veille du départ, qu’il n’a pas osé refuser et n’a pas non plus le coeur d’abandonner sur la route. » Marguerite Yourcenar, le tour de la prison, Bashô sur la route).
J’y ai vu de la difficulté d’être léger et libre, d’être totalement seul, alourdi toujours par le poids (délicieux ?) de l’amour de l’autre. 

Pour le titre, c'est ici.

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